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ENFER ET PARADIS

 
 
Les idées que les hommes se font de la mort et de la vie éternelle ou des souffrances dans l'au-delà sont à l'origine de mythes et de croyances aussi abondants que variés .
 
 
 

La vie éternelle repose sur le désir de l’humanité de vouloir échapper à la mort et au néant, sur l’aspiration à une autre vie où justice sera rendue aux bons et aux méchants.

Ces sentiments sont quasi universels. Il y a donc conjonction du désir d’immortalité et du désir de justice ; l’immortalité ne peut concerner les corps évidemment mortels, mais les esprits ou les âmes, notion grecque qui va envahir la pensée juive dès -150.

On aboutit alors au concept de vie éternelle avec béatitude et enfer éternels, ce qui est la punition courante de l’Eglise primitive, malgré des voix discordantes : Origène ne pouvait admettre qu’un Dieu bon puisse vouer des âmes à une peine éternelle, sa bonté surpassant sa justice ! Au Moyen Age, Saint-Thomas pensait que les supplices de l’enfer étaient symboliques.

Pour l'Hindouisme, le bon karma est épuré dans les multiples paradis, lieux de délice rattachés chacun à un des nombreux dieux du panthéon hindou, " états de lumière et d'expansion de l'âme " dit Aurobindo, d'où il faudra repartir pour une autre étape de l'évolution. On parle en particulier du paradis de Shiva (Kaïlâsha), de celui de Vishnou (Vaïkuntha) ; et de celui de Krishna (Goloka), monde d'amour, de beauté et de béatitude plein de radiations spirituelles, écrit le même Sri Auro-bindo.

 

Toute fin du monde, toute mort individuelle n'est rien d'autre que le début d'une expérience dans l'au-delà et la continuation d'une existence qui, dans le mythe et dans la religion, est placée sous le signe du juste et de l'injuste. Au seuil de cette mutation se trouve le Jugement dernier où encore les nombreux exemples connus de sentences ultimes qui, par le compte des actions terrestres, décideront de la souffrance dans l' anéantissement, ou de la félicité dans la vie éternelle.

 

Le périple des ames

De nombreuses traditions supposent qu'après la mort l'âme humaine se rend au royaume des défunts.

En Afrique, on croit souvent qu'elle passe un certain temps dans les limbes avant de décider de renaître ou non sur terre, sous forme humaine. D'autres traditions font état d'un angoissant jugement.

La mythologie égyptienne offre un tableau très impressionnant du jugement du défunt par quarante-deux représentants du royaume d'Osiris, dans la salle du trône de ce souverain suprême des mondes infernaux. Maat, la déesse de la Vérité, évalue le poids de la conscience de l'individu à l'aide d'une plume. L'âme de qui a vécu vertueusement rejoint les dieux dans leur éternel combat contre Apep, le Serpent du Chaos ; dans le cas contraire, elle est dévorée par un monstre.

Pour les Grecs, le frère de Zeus, Hadès (Pluton), était le souverain de l'empire des morts qui se situait, selon l'Illiade, sous les lieux secrets de la terre et, selon l' Odyssée, au-delà des confins de l'océan primordial. Pour s'y rendre, l'ombre du mort devait recourir à Charon, le nocher immortel, après lui avoir remis le péage placé dans sa bouche par les vivants, afin de traverser plusieurs fleuves tels que l'Achéron (l'Affliction), le Styx (les Serments irrévocables), le Léthé (l'Oubli)... Puis elle comparaissait devant trois Juges envoyant les justes au paradis des champs Elysées et condamnant les autres aux tourments éternels.

La religion iranienne connaît, elle aussi, le Jugement dernier. Après la mort. les âmes passent sur le pont Cinvat, aussi étroit que le fil d'une lame. Les âmes justes le franchissent tandis que les damnés tombent dans le gouffre.

Dans le Livre des Morts tibétain, on évalue le bon ou le mauvais karma du défunt par des pierres blanches et des pierres noires.

Au Japon, le jugement des morts est l'objet d'une description symbolique presque littérale. Le juge des âmes inscrit l'acte d'accusation sur un grand tableau, tandis que celui de droite déploie le rouleau où sont inscrites les actions de la vie. Un mythe japonais affirme que l'âme de ceux qui se sont rendus coupables de graves péchés est envoyée dans l'une des seize régions d'un domaine infernal appelé Jigoku

Le christianisme
Dans la tradition biblique où les morts seront appelés à l'ultime résurrection, les justes jouiront de la lumière de Dieu tandis que les damnés seront voués aux souffrances éternelles. Et ici comme dans tous les récits, nous retrouvons l'incorruptible balance de la Justice qui décidera du destin. Elle est placée devant le maître du royaume des morts et devant le dieu et juge de l'univers. Le tribunal commence par la lecture de l'accusation, tandis que les avocats de la défense jettent aussi leur poids dans la balance.

De simple séjour des morts, l'enfer devient dans le christianisme un lieu d'expiation des fautes. Les enfers, l'Hadès grec, le Scheol des Hébreux ou l'Arallu des Assyro-Babyloniens, n'ont d'abord été qu'un lieu souterrain où erraient les âmes indifférenciées des défunts. Cette conception évolua pour répondre à un besoin de justice : les bons et les méchants ne pouvaient connaître le même sort, si bien que l'au-delà devint le lieu du jugement scellant le sort de chacun en fonction de ses mérites. Les psaumes de l'Ancien Testament établissent un lien entre la mort et le péché, le juste place son espoir en un Dieu de miséricorde : « Tu ne m'abandonnes pas aux enfers, tu ne laisses pas ton fidèle voir la fosse. » L'enfer signifie qu'il n'y a pas de confusion possible entre le bien et le mal. La justice divine ne risque-t-elle pas toutefois de condamner l'impie à la damnation éternelle dans le feu de la géhenne ? Comment concilier le châtiment et la possibilité du rachat ? En brandissant la menace des supplices infernaux, la prédication populaire a donné l'image d'un jugement impitoyable en contradiction avec la promesse évangélique. Le désir de justice appelle celui de pardon, quel que soit le poids des fautes commises : « Si tu retiens nos fautes Seigneur, qui donc subsistera ? », interrogeait le psalmiste. Le Nouveau Testament affine la conception de la justice : si le péché s'avère toujours condamnable, l'homme pécheur ne doit pas être réduit à ses actes mauvais et enfermé dans un passé qui le condamne à tout jamais. Mais le juste ne saurait non plus se réclamer de ses oeuvres pour être sauvé. La dimension plénière de la justice divine se manifeste en ce qu'elle est toute gratuité : le pardon comme le salut sont accordés en vertu de la bonté même de Dieu. Dans son acception profonde, l'enfer consiste alors dans le refus d'accueillir un amour dont l'évangéliste Jean nous dit qu'il est « plus grand que notre coeur ».

 

 

On admet d'ailleurs qu'il existe d'autres paradis correspondant aux dieux des chrétiens, des musulmans, des juifs, chacun allant dans le paradis qu'il s'est représenté durant sa vie.

Le purgatoire est un état intermédiaire entre l'ici-bas terrestre
et l'au-delà

Eglise latine
Limbes

Eglise latine

Le purgatoire, état intermédiaire entre l'ici-bas terrestre et l'au-delà « de la Gloire », représente dans l'Église latine « comme un prolongement de la pratique pénitentielle de l'Église par-delà le seuil de la mort. En effet, le repentir que l'éducation spirituelle dans l'Église et par elle n'aura pas réussi à éveiller en nous au cours de notre vie, la rencontre immédiate du Christ le fera naître enfin dans l'au-delà de notre mort ». Ce serait une étape de purification, d'attente, de préparation, manifestant aussi un certain lien de solidarité entre l'ici-bas et l'au-delà.

Le lieu du purgatoire, palier intermédiaire sur le chemin du paradis, n'apparaît dans les textes officiels que vers le XIIIe siècle. Il a peu de bases bibliques (1 Co 3, 11-15 ?). Séjour provisoire destiné à ceux qui se purifient avant d'accéder au ciel, il ressemble à l'enfer parce qu'on y souffre. Mais cette souffrance n'est pas seulement un châtiment : elle a valeur réparatrice et purificatrice ( « purgatoire » ). A la fin des temps il deviendra entièrement vide. En attendant, on peut en aider les habitants : dans la théologie catholique on parlera des « des vivants pour les défunts ». Ce qui a entraîné la vente d'indulgences destinées à abréger pour certains trépassés la durée du séjour, qui provoquera en 1517 la publication par Luther de ses thèses, point de départ de la Réforme. Il dénonce cette pratique pour son aspect commercial et parce qu'elle met en cause la gratuité du salut donné par Dieu.

Selon la vision dantesque, le purgatoire serait de la nature ignée de l'enfer, mais le feu y jouerait un rôle plus cathartique qu'expiateur. Il serait d'ailleurs administré par des anges et non des démons. Les âmes y séjourneraient dans la privation de Dieu, jusqu'à ce qu'elles aient consommé le temps de leur peine. La liturgie de la Fête des morts du 2 novembre leur est en grande partie consacrée. Le martyrologe romain réaffirme à cette occasion le mariage mystique entre le Christ et l'Église : « Notre commune et pieuse mère l'Église... s'efforce d'aider par de puissants suffrages auprès de son seigneur et époux le Christ, tous ceux qui gémissent encore dans le purgatoire, afin qu'ils se joignent au plus tôt à la société des habitants de la céleste cité. »

Les religions monothéistes, malgré des nuances, prêchent l'immortalité de l'âme conjointement à la résurrection du corps:
la conscience survit
à la mort du corps.

 

 

Limbes et purgatoire

Autour du noyau de la croyance traditionnelle s'étendent des terrains de désaccord. Qu'adviendra-t-il, par exemple, d'une personne qui a mené une vie exemplaire, mais qui n'a jamais entendu parler du Christ? Lui sera-t-il donné une seconde chance dans l'au-delà? C'est en partie à cause de telles questions que les théologiens médiévaux ont échafaudé la théorie des limbes (où vont les enfants morts avant d'être baptisés) et du purgatoire.
Les bébés qui n'ont pas été baptisés avant de mourir ou l'adulte privé de raison connaîtraient simplement celle du dam, sans souffrance physique : ils sont privés de la vision béatifîque de Dieu. On parle alors de « limbes ».

 

Pensées de St Thomas d'Aquin
Réflexions suite à une N.D.E


L'ame des Inuits


Pensées de Saint Thomas d’Aquin

Selon l’Eglise, au moment de la mort se fait la séparation totale de l’âme et du corps, la personne est amenée à choisir d’une manière définitive entre deux voies: celle de l’orgueil ou celle de l’amour. Tout ce qu’elle a fait dans sa vie passée pèse lourdement comme un conditionnement qui l’élève vers l’amour ou qui l’élève vers la révolte. Mais ce n’est qu’un conditionnement ;
Saint Thomas d’Aquin précise que ce péché ultime, ce péché contre l’Esprit Saint qui est amour peut prendre plusieurs grandes formes: Refus de croire malgré l’évidence ; Refus d’espérer le bonheur éternel proposé ou, au contraire, présomption qui prétend atteindre la vision de Dieu par ses propres forces, sans devenir petit ; envie face au bonheur de ceux à qui nous avons fait du mal pendant notre vie ; Impénitence par rapport à ses péchés passés.

Ce que nous savons, c’est que l’homme qui fait de lui-même son Dieu se damne, se retrouve seul. Il n'y a pas d'amour en enfer, sauf l’amour égoïste de soi-même. C’est aussi un lieu brûlant, affirmé par la Bible, un lieu ou le vers rongeur du remords ne s’arrête jamais, Le mystère de ce vers rongeur, c’est le souvenir lancinant de la rencontre avec Jésus à l’heure de la mort, le souvenir de ce regard d’amour que le damné a méprisé, et continue de mépriser, mais qu’il n’oubliera jamais. Les âmes qui sont en enfer sont incapables de lier le moindre contact avec nous. Les évangiles en témoignent avec force: « Entre nous et vous a été fixé un grand abîme, pour que ceux qui voudraient passer d’ici chez vous ne le puissent pas et qu’on ne traverse pas non plus de là bas chez nous ».
Saint Thomas d’Aquin en explique la raison: L’âme humaine, quand elle est séparée de son corps, n’a plus aucun moyen naturel de communiquer avec le monde des vivants. Elle ne dispose pas, comme les esprits angéliques, d’une puissance spirituelle par rapport au monde matériel. Le corps qui jouait ce rôle durant la vie a disparu. Elle se retrouve donc dans un autre monde et ne sait pas ce qui se passe dans le nôtre. Si un contact se réalise, ce ne peut être que par l’aide d’un intermédiaire, Dieu ou ange.

 

 

Réflexions suite à une N.D.E

Pour beaucoup, l'interprétation de la définition religieuse de l'âme, les notions de paradis et d'enfer sont devenus source de confusion et de doute pour de nombreux fidèles.

 

La perspective d'un avenir post-mortem réduit à un choix aléatoire entre paradis et enfer, ou une l'annihilation définitive du corps et de l' âme laisse place à d'autres croyances comme les thèses réincarnationnistes.

Pour les personnes ayant vécus une N.D.E., la conscience pourrait connaître une survie plutôt positives sous condition de mener une existence terrestre positive.

 

Inuits, régions polaires arctiques

Pour les Inuits, la vie éternelle est dominée par Sila, maître de l'Univers et de l'air. Il a un grand pouvoir sur les âmes qui doivent se dégager de leurs « fluides terrestres » pour gagner le royaume des morts. En effet cette âme présente un aspect terrestre, transmis après le décès à une autre personne, et un aspect spirituel qui continue dans le ciel sa progression vers leur « paradis ». (H. Hansen et al., The Greenland Mummies, Trustees of the British Museum, 1991.)

 

Les séjours dans l'au-delà de l'Hindouisme
Séjour en enfer

Hindouisme

Après la mort, le défunt est ce simple « trépassé » (prêta) errant à la recherche de son nouvel état, pour une durée dépendant en quelque manière de la qualité des rites funéraires. Certains textes disent que durant cette période l'âme passe le fleuve Vaïtaranî, qui correspond au Styx grec. Après quoi elle atteint d'autres plans de conscience où durant plus ou moins longtemps elle assimilera et gérera les expériences de sa précédente incarnation et se préparera à la suivante.

 

Ces séjours sont temporaires, puisqu'ils ont un commencement et que, pour l'Hindouisme, l'éternité est la qualité de ce qui n'a pas eu de commencement dans le temps. Ils sont le lieu où l'âme liquide une partie de son karma. Le bon karma est épuré dans les multiples paradis, lieux de délice rattachés chacun à un des nombreux dieux du panthéon hindou, « états de lumière et d'expansion de l'âme » dit Aurobindo, d'où il faudra repartir pour une autre étape de l'évolution. On parle en particulier du paradis de Shiva (Kaïlâsha), de celui de Vishnou (Vaïkuntha) ; et de celui de Krishna (Goloka), monde d'amour, de beauté et de béatitude plein de radiations spirituelles, écrit le même Sri Auro-bindo. On admet d'ailleurs qu'il existe d'autres paradis correspondant aux dieux des chrétiens, des musulmans, des juifs, chacun allant dans le paradis qu'il s'est représenté durant sa vie.

 

Les enfers sont des lieux d'expiation des mauvaises actions. On classe dans cette liste aussi bien les péchés capitaux que des actes apparemment moins graves comme le fait d'abîmer une pierre précieuse, de manger tout seul des sucreries, de couper inutilement des arbres, de labourer des pâturages ou de se marier avant un frère aîné1. Leur nombre varie, suivant les textes, de 21 à 8 400 000 (Garuda-Purâna). Notons que l'on peut aller dans tel enfer parce qu'on l'a consciemment voulu. C'est le cas de certains croyants spirituellement avancés qui voient dans ce passage un moyen plus rapide de se libérer de leur mauvais karma.

Les fruits du karma étant multiples on peut transiter successivement dans plusieurs paradis et enfers où l'on recueillera les fruits de ses bonnes et mauvaises actions et où l'on en apurera le poids. On peut aussi transiter par un corps de dieu. Dans la perspective hindoue, l'univers étant cyclique - émanation périodique de Brahman - les dieux mineurs suivent en effet son mouvement, naissant avec lui et se résorbant en lui pour reprendre vie dans un autre cycle. L'évolution de l'âme est stoppée durant cette période. On peut même passer dans un corps de démon, parfois par décision volontaire. Ceux-ci sont en effet caractérisés par une telle haine de Dieu qu'elle en devient une obsession. Or l'obsession de Dieu est une des voies sûres pour atteindre la libération.

 

 

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